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Secrets de tissus - Louise Magazine

Secrets de tissus : les fondamentaux à connaître pour décrypter un tissu

Par Julie

Connaître les tissus, c’est comme tout, ça s’apprend ! Parce qu’on peut être la boss de la couture, avoir la Rolls Royce des machines à coudre, savoir monter un col de chemise « fingers in the nose » et poser un zip invisible les yeux fermés, il n’empêche que notre cousette peut tomber complètement à l’eau à cause d’un mauvais choix de tissu…

« Dans la vie rien n’est à craindre, tout est à comprendre » disait Marie Curie. Alors, comme elle, on expérimente : à force d’observer, toucher, porter des matières et tissus différents, on les appréhende de mieux en mieux. Et puis on révise les fondamentaux ! On n’échappe pas à un peu de théorie pour mieux comprendre ce que l’on observe.

Pour vous guider, nous vous avons concocté une série d’articles intitulée « Secrets de tissus ». Cette série vous donnera les clés nécessaires pour décrypter un tissu et faire les bons choix pour vos réalisations. Alors ne craignez rien, et suivez-nous dans cette exploration du monde passionnant des tissus.

Les 4 fondamentaux d’un tissu

Qu’est-ce qu’un tissu ? Cette question a l’air bête, mais on fait souvent l’amalgame entre le tissu, sa matière première, son tissage,… Alors soyons précis ! Un tissu est caractérisé par 4 informations clé :

  • la matière première qui le compose : les fibres
  • les opérations de transformation des fibres en fils : le filage
  • la structure du tissu, c’est-à-dire manière dont les fis sont assemblés entre eux pour former l’étoffe : le tissage / le tricotage,
  • les opérations de teinture, enduction, apprêts, etc. qui changent l’aspect et parfois les propriétés du tissu : c’est ce que l’on appelle les ennoblissements.

Nous reviendrons en détail dans les prochains articles sur chacune de ces notions qui correspondent en réalité aux différentes étapes de fabrication d’un tissu. Mais explorons-les rapidement ici :

1 – Les fibres

Fibre de coton
Fibres de coton – Crédit photo : modeintextile.fr

Les fibres sont les ingrédients de base d’un tissu, les matières premières qui le composent. Il existe deux grandes familles de fibres :

  • Celles que la nature fournit directement : ce sont les fibres naturelles. Elles peuvent être d’origine végétale (comme le lin, le coton, le chanvre) ou animale (la soie, la laine)
  • Celles qui sont fabriquées par l’homme : ce sont les fibres chimiques. On peut les diviser en deux grandes catégories :
    • les fibres artificielles : elles sont fabriquées à partir de matières premières naturelles qui ne sont pas utilisables telles quelles car elle ne sont pas « filables » naturellement. On utilise donc des procédés chimiques pour les transformer et reconstituer des fibres. La matière première la plus utilisée est la cellulose. On la trouve dans la paroi des cellules des végétaux, et notamment du bois dont elle est le principal constituant. Dans cette famille, on trouve la viscose, le Tencel, le cupro, le modal, etc. Nous leur avons consacré un article que vous pouvez retrouver ici.
    • les fibres synthétiques : elles sont produites uniquement par un mélange de produits chimiques provenant majoritairement du pétrole. Dans cette famille, on retrouve par exemple le polyester, le Lycra, le Nylon, les textiles techniques, etc.

2 – La fabrication des fils

Filature textile française
Filature de laine à Rougnat (Creuse) – Crédit photo : fonty.fr

Le filage est la transformation des fibres en fils. C’est une étape cruciale : les procédés mis en oeuvre pour la fabrication du fil sont en effet déterminants dans l’aspect final et les caractéristiques du tissu en termes de solidité, de toucher et d’aspect de surface.

Plus les fibres sont longues, plus le fil peut être fin, net et solide. C’est le cas de la soie par exemple, qui est de très loin la plus longue des fibres naturelles (avec une longueur comprise entre 700 et 1200 mètres !).

Il existe plusieurs procédés de fabrication des fils. Le plus souvent, les fibres sont rassemblées en brins qui sont enroulés par torsion pour former un fil : on parle de fil mouliné.

La première torsion donne un fil simple. Mais il arrive que l’on retorde ensuite deux fils (ou plus) ensemble : on parle alors de fils retors. Et on peut aller encore plus loin en renouvelant l’opération et en retordant ensemble deux (ou plus !) fils retors (vous suivez toujours ?) : et là on obtient des fils câblés. Plus il y a de retordages, plus le fil est régulier et solide.

La grosseur du fil obtenu est indiquée par son titrage. C’est le rapport poids/longueur du fil. Il existe plusieurs systèmes de titrage, le plus répandu étant le Nm (Numéro Métrique).

3 – Le tissage / tricotage

Tissage

Nous avons les fils, reste à les assembler pour former le tissu ! En fonction de leur procédé de fabrication, on distingue 4 grandes familles de tissus (ou plutôt d’étoffes si on veut être précis…)  :

  • les tissus dits « chaîne et trame » qui sont fabriqués sur des métiers à tisser et sont composés de fils croisés perpendiculairement. La manière dont s’entrecroisent les fils s’appelle l’armure. Il existe 3 armures fondamentales : la toile, le sergé et le satin. Vous rencontrez également d’autres armures, dites complexes (parce qu’elles contiennent 1 ou plusieurs fils supplémentaires), comme le velours, le piqué, ou la double-gaze.

Armures tissus fondamentales : toile,sergé et satin

 

  • la maille fabriquée sur des machines à tricoter : les fils forment des boucles qui s’entrelacent les unes dans les autres. On distingue deux catégories de mailles :
    • le tricot trame (ou « à mailles cueillies ») : un seul fil passe rang après rang dans les boucles du rang précédent. Dans cette catégorie, on trouve le jersey, l’interlock ou le bord-côte.
    • le tricot chaîne (ou « à mailles jetées ») :  c’est un mode de tricotage vertical alimenté par autant de fils qu’il y a de colonnes. Il est moins extensible et se défait beaucoup plus difficilement que le tricot trame. On trouve dans cette catégorie des tissus utilisés en lingerie car le tricot chaîne offre un très bon maintien. On peut citer par exemple la microfibre, le Powernet ou la Charmeuse.

Les types de maille : tricot chaîne et tricot trame

  • le tulle : c’est une structure particulière entre la maille et le chaîne et trame. Sa structure ouverte forme une résille qui comporte bien souvent des motifs formés par l’entrecroisement des fils : c’est la dentelle.
  • le non-tissé, fabriqué directement à partir des fibres, sans tissage. Les fibres sont mélangées (de manière orientée ou totalement aléatoire) et assemblées de manière thermique, mécanique ou chimique. En habillement, les non-tissés ne sont pas adaptés comme tissu principal mais on les utilise sous la forme d’entoilages thermocollants, ouatinages, renforts de col, etc. Les non-tissés se retrouvent également dans l’univers médial (pour les blouses d’hôpital à usage unique) ou des accessoires (le feutre et la feutrine sont des non-tissés).

4 – Les ennoblissements

Ennoblissement d'un tissu - mercerisage
Mercerisage d’un tissu – Crédit photo : texcene

On réunit sous le terme d’ennoblissement toutes les opérations qui apportent des améliorations au tissu sur le plan esthétique ou fonctionnel : la teinture, l’impression ou autres décors (broderie, flocage,…), l’enduction, le laminage et les apprêts (grattage, foulage, mercerisage, etc.). Les matières subissent également des étapes de préparation : nettoyage, blanchiment et stabilisation.

En fonction des tissus, ces opérations peuvent intervenir à différentes étapes de sa fabrication, mais tous les tissus sont ennoblis.

Néanmoins, les règles d’étiquetage n’imposent pas la mention des produits utilisés pour les ennoblissements qui peuvent être pour certains, toxiques, allergènes ou polluants. C’est là qu’intervient le label OEKO-TEX qui garantit l’innocuité de ces produits. Par ailleurs, l’Union Européenne a adopté la directive Reach qui réglemente l’usage de ces substances. Pour en savoir plus, on vous invite à relire l’article de Valérie sur les différents labels textiles.

Quelques exemples

Pour mieux comprendre, prenons quelques exemples de tissus que vous connaissez tous et que vous rencontrez fréquemment et décryptons-les ensemble :

Le denim

Tissu denim épais coton bio
  • Fibre : coton
  • Structure : armure sergé 3/1 (3 fils de trame passent sous 1 fil de chaîne puis 1 fil de trame passe au-dessus cette même chaîne). Cette armure, particulièrement robuste, dessine des lignes diagonales caractéristiques du sergé.
  • Ennoblissement : le denim est un tissé-teint, c’est-à-dire que les fils qui le composent sont teints avant d’être tissés, les fils de chaîne sont indigo et les fils de trame écrus. Le denim brut est très raide, il est donc souvent vieilli artificiellement (délavage) pour lui apporter de la souplesse.

Liberty Tana Lawn

  • Fibre : coton « Tana Lawn » qui fait référence au lac éthiopien Tana, près duquel l’acheteur de Liberty a trouvé un coton à la fibre particulièrement fine et longue, dans les années 20.
  • Structure : armure toile fine et serrée
  • Ennoblissement : le coton Liberty est imprimé et mercerisé. Le mercerisage est un procédé destiné à le renforcer, le lustrer, et le rendre plus facile à teindre. Il permet d’avoir un tissu encore plus soyeux, aux couleurs plus vives et plus homogènes.

Tissu crêpe

Tissu crêpe powder - Atelier Brunette
  • Fibre : viscose, soie, polyester, coton, laine, le crêpe se décline dans un grand nombre de matières.
  • Structure : les fils de chaîne, soumis à une torsion très forte, se contractent et forment de petites ondulations, lui donnant cet aspect crêpu et granuleux, typique du crêpe. Les fils sont ensuite tissés en armure toile (ou satin selon les cas)
  • Ennoblissements : teinture pour donner la couleur souhaitée.

Molleton (tissu sweat)

Molleton gratté
  • Fibre : coton (avec parfois un pourcentage d’élasthanne)
  • Structure : tricot trame avec un fil supplémentaire qui forme des bouclettes sur l’envers.
  • Ennoblissements : les bouclettes sont parfois laissées intactes (on parle alors de sweat bouclette), mais bien souvent elles sont grattées pour rendre l’envers du tissu plus doux et duveteux (molleton gratté).

Evidemment, nous pourrions multiplier à l’infini les exemples, mais on ne va pas faire tout le boulot à votre place ! 😉 Plus sérieusement, nous prendrons d’autres exemples au fil des articles de cette série. En attendant, n’hésitez pas à nous dire ce que vous avez pensé de premier article, et à nous poser vos questions en commentaire.

A très vite les Louisettes !

// Crédits photos
Photo de une : metermeter.dk

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14 commentaires

  1. Article très instructif et clair. Le redacteur transmet agreablement son savoir technique. Vivrment le prochain !

  2. Super article, j’ai hâte de lire les suivants. Par contre je pense qu’il y a un souci avec l’illustrations de l’armure satin qui est strictement la même que l’armure toile,( j’ai joué au jeu des 7 erreurs pendant 5 minutes, je n’en ai trouvé aucune…)

    1. Ah oui effectivement on s’est mélangé les pinceaux :-)) On va corriger ça… Merci d’avoir signalé l’erreur !

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