La viscose et ses cousin(e)s : Tencel, Cupro, Modal, Proviscose

Tencel navy - Metermeter

Vous connaissez certainement la viscose, cette matière souple et fluide, légèrement brillante comme la soie. Mais d’autres matières, moins connues, apparaissent aux côtés de la viscose, comme le Tencel, le Cupro, le Modal, ou tout récemment la Proviscose. Avec quoi et comment sont fabriquées ces matières ? Quelles sont leurs propriétés ? Quels sont les points communs et les différences entre elles ? Je vous propose d’explorer ces matières et leur histoire passionnante (si si, je vous assure… 😴).

A l’origine : la cellulose

La viscose, la proviscose, le tencel, le cupro ou le modal sont fabriqués à partir de la même matière première : la cellulose (à ne pas confondre avec la cellulite… 😊). On la trouve dans la paroi des cellules des végétaux, et notamment du bois dont elle est le principal constituant. La cellulose est donc une matière naturelle.

Forêt
La cellulose est le constituant principal du bois – © Lenzing AG

Mais les tissus que nous venons de citer n’entrent pas pour autant dans la catégorie des fibres naturelles. Pour une simple et bonne raison : la cellulose n’est pas « filable » naturellement. Il est nécessaire d’utiliser des procédés chimiques pour la transformer afin de reconstituer des fibres, elles-mêmes transformées en fils pour donner naissance au tissu.

Toutes ces matières font donc partie de la famille des fibres artificielles et plus précisément de fibres cellulosiques. Elles sont fabriquées à partir de matière première naturelle (la cellulose) transformée par un procédé chimique. D’où la dénomination de « fibres de cellulose artificielle » ou « fibres de cellulose régénérée ».

Qu’est-ce que la viscose ?

La naissance de la soie artificielle ou viscose

La viscose est la première fibre artificielle à avoir vu le jour. Elle est apparue à la fin du XIXème siècle. Avant cela, les tissus étaient fabriqués exclusivement à partir de fibres naturelles, comme le coton, le lin ou la soie.

Et justement, au milieu du XIXè siècle, la sériculture (élevage du ver à soie) et le tissage de la soie sont en plein essor en France. Mais l’intensification de la production s’accompagne d’une multiplication des maladies touchant les vers à soie, au point de faire chuter dramatiquement la production.

Louis Pasteur est alors appelé à la rescousse pour étudier ces maladies. Sous sa direction, se trouve le Comte Hilaire de Chardonnet, brillant ingénieur et chercheur. Le Comte Chardonnet a l’idée de reproduire en laboratoire une fibre de soie à partir de cellulose. Il y parvient en 1884. C’est la naissance de la rayonne, plus connue sous le nom de viscose, première fibre artificielle imitant la soie naturelle mais beaucoup plus économique que cette dernière.

Sa fabrication est brevetée en 1892 par les 3 chimistes britanniques : C.F. Cross,  E.J. Bevan et C. Beadle. Confortable, économique à produire et se teignant facilement, la viscose s’implante alors partout dans l’habillement. Jusqu’à l’apparition des fibres synthétiques qui vont une nouvelle fois modifier la donne… mais ça c’est une autre histoire !

Atouts et défauts de la viscose

Les avantages de la viscose par rapport aux autres fibres existantes sont notables :

  • les fibres de viscose sont très fines, ce qui confère au tissu beaucoup de fluidité et de douceur.
  • la cellulose est disponible en plus grande quantité que le coton,
  • les fibres artificielles sont moins chères que les fibres naturelles comme la soie ou le coton,
  • la viscose est absorbante et respirante, ce qui en fait une matière confortable et agréable à porter.
  • la fibre de cellulose donne naissance à un tissu plus régulier que le coton. La viscose est donc facile à teindre et à imprimer, avec des motifs aux coloris intenses et durables.

Cependant, la fabrication de la viscose pose un certain nombre de problèmes environnementaux :

  • elle nécessite l’utilisation de disulfure de carbone (CS2), un produit chimique toxique, inflammable et polluant. Cette technique génère une pollution soufrée car le disulfure de carbone n’est pas récupérable après son utilisation pour dissoudre la cellulose. Sans parler des dangers pour la santé des ouvriers qui travaillent dans les usines de fabrication de la viscose et qui manipulent tous les jours ces produits toxiques.
  • le procédé viscose est également très gourmand en eau : de 4000 à 11 000 litres d’eau sont nécessaires pour fabriquer 1 kg de viscose (source : CNRS).
  • Autre inconvénient et pas des moindres : la fabrication de la viscose entraîne une déforestation massive. 120 millions d’arbres sont abattus chaque année pour fournir l’industrie textile. Environ un tiers de la rayonne (ou viscose) provient de forêts anciennes en voie d’extinction (source : earth.com)

Lyocell : une alternative écologique à la viscose

Les inconvénients du procédé viscose ont suscité la mise au point d’un procédé alternatif de fabrication de fibres à base de cellulose : le procédé lyocell.  Le Lyocell a été produit pour la première fois dans les laboratoires de la société Courtaulds Fibers Inc. en 1988, soit plus de 100 ans après la naissance de la viscose !. En 1992, le Lyocell est commercialisé sous le nom de TencelTM  par la société autrichienne Lenzing AG, superstar des fibres artificielles cellulosiques,.

Le procédé lyocell utilise un solvant non toxique et recyclable à la place du disulfure de carbone : le NMMO. Autre avantage majeur tant environnemental qu’économique, la production de fibres lyocell s’effectue en circuit quasi-fermé. Le solvant est récupéré à plus de 97% et l’eau est recyclée par distillation (évaporation) des bains de filage et de rinçage.

cycle de production du lyocell

Par ailleurs, la cellulose utilisée pour la production du lyocell est issue exclusivement de forêts gérées durablement (qui possèdent un certificat PEFC-FSC).

En résumé, les fibres lyocell sont fabriquées dans le respect de l’environnement tout en conservant les avantages des fibres de viscose.

Qu’est-ce que le Cupro ?

Le Cupro est une fibre artificielle produite à partir de linter de coton, une fibre duveteuse et courte qui enveloppe les graines d’une plante de coton. Avant l’apparition du Cupro en 1890 au Japon, le linter de coton était jeté car considéré comme un morceau de coton inutilisable.

linter de coton
Linter de coton – Crédit : Asahi KASEI Corporation

Le linter de coton est dissous dans le cuprammonium (une solution ammoniacale d’oxyde de cuivre) , d’où le nom donné à la fibre « Cupro ». Les déchets produits lors des processus de création de Cupro sont intégralement recyclés, avec un taux global proche de 100%. Le Cupro est par ailleurs entièrement biodégradable.

Les qualités du Cupro sont nombreuses : excellent thermo-régulateur, le Cupro est aussi anti-transpirant et hypo-allergénique. En raison du traitement qu’il subit, le Cupro a un toucher beaucoup plus doux que le coton conventionnel et un aspect (toucher, tombé) similaire à celui de la soie. Il est notamment utilisé pour les doublures, sous la célèbre marque Bemberg.

Le plus gros producteur de Cupro est la société japonaise Asahi Kasei CorporationLe Cupro de Asahi Kasei Corporation est certifié OEKO Tex Standard 100, GRS (Gobal Recycled Standards), Eco Mark et LCA (Life Cycle Assessment).

Et le modal ?

Le modal est une fibre cellulosique conçue pour être plus solide et plus résistante au retrait (c’est-à-dire qu’elle rétrécit moins au lavage) que la viscose.

Créé comme une deuxième génération de rayonne, le modal est extrêmement polyvalent. C’est un tissu très respirant qui ne retient pas la transpiration ni les odeurs (il est environ 50% plus absorbant que le coton !). Bien que la sensation et les propriétés soient très similaires, le modal est plus léger que le coton, ce qui lui confère un joli tombé. Les textiles faits à partir de, ou contenant du modal, ont la particularité de rester souples et doux même au bout de plusieurs lavages. Ils ne rétrécissent pas et ne perdent pas leur forme lorsqu’ils sont lavés à la machine et séchés au sèche-linge.

Comme il est très absorbant et respirant, le modal est utilisé pour les vêtements de sport, les sous-vêtements, les pyjamas mais aussi les serviettes de bain, les peignoirs et les draps.

L’impact environnemental du modal dépend du fabricant. La société autrichienne Lenzing fabrique son modal (sous la marque Lenzing Modal® ) avec la cellulose des hêtres. Les hêtres se propagent par eux-mêmes, ne nécessitant ni irrigation ni semis. Lenzing s’approvisionne pour plus de la moitié se sa production dans des fermes locales en Autriche, le reste étant importé des pays voisins. Les hêtres proviennent exclusivement de forêts qui utilisent des méthodes agricoles durables. Lenzing utilise un traitement doux pour transformer le bois de hêtre en tissu modal. Ils récupèrent également 95% du matériel utilisé dans la production.

La Proviscose, kesako ?

Depuis quelque années, on voit apparaître un nouveau tissu : la Proviscose. C’est une marque déposée par Lenzing (encore eux !) qui désigne un mélange composé à 70% de Lenzing Viscose®  et à 30% de Tencel®.

La Proviscose® a été conçue pour compenser certaines faiblesses de la fibre de rayonne pendant les cycles de lavage : diminution de la résistance et déformation du tissu.

Au niveau environnemental, la Proviscose a les inconvénients de la viscose puisqu’elle en est composée à 70%. Mais Lenzing a amélioré son process et recycle maintenant une partie des solvants utilisés pour la fabrication des fibres. Par ailleurs, la cellulose utilisée par la société Lenzing provient uniquement de forêts gérées durablement.

Conclusion :

La viscose, le Cupro, le Modal ou encore le Tencel font partie d’une seule et même grande famille : les fibres artificielles cellulosiques. Pour autant, ces matières ne sont pas à mettre toutes sur le même plan. L’origine de la matière première et les procédés chimiques utilisés sont différents. L’impact humain, environnemental et économique n’est donc le même. Alors que la viscose produit des déchets toxiques et est responsable d’une déforestation massive, le Lyocell (ou Tencel), le Cupro et le Modal sont biodégradables et issus de procédés de fabrication respectueux de notre environnement.

Mais la réalité est plus complexe que ça, car l’impact environnemental de ces fibres dépend également largement de la société qui les fabrique. Par exemple, Lenzing produit sa viscose à partir de forêts gérées durablement et utilise un process en circuit fermé pour récupérer le solvant toxique. Mais tous les fabricants n’ont pas le même engagement environnemental !

Vous allez me dire : super mais encore faut-il donc avoir accès à cette information pour pouvoir faire notre choix en toute conscience. Vous avez raison, le chemin vers la traçabilité et la transparence est encore long… Mais peut-être est-ce aussi à nous de devenir consom’acteurs et de poser toutes ces questions à nos boutiques et marques préférées pour les aider à s’engager dans cette voie ! ou pas ? Qu’en pensez-vous ?

// Crédits photos
Photo de une : metermeter.dk

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viscose et autres fibres artificielles

25 Commentaires

  • Bonjour Julie,
    Merci beaucoup pour cet article très complet qui m’a appris beaucoup de choses. J’adore le cupro, je trouve son toucher très sensuel et ses reflets changeants superbes, et ça donne des vêtements classe. Effectivement, c’est un tissu pas évident à trouver en France… très rare chez Toto chez qui je fais souvent un petit tour. Mais quand j’en vois je ne résiste pas !
    Amitiés,
    Ghislaine

  • Super article, je me demandais ce qu etait le cupro de bon matin… jusqu’à aujourd hui j evitais quand je le voyais je ne m imaginais pas du tout qu il faisait parti de cette meme famille !

  • Il y a quelques années je m’étais acheté une chemise en cupro dans une boutique en Allemagne , à Freiburg. Je la porte encore, et je cherche du tissu pour la remplacer, eh pas gagné… Merci pour ces recherches, et j’espère trouver ces tissus (cupro et modal) en vrai magasin, histoire de les tâter. RW

    • J’ai trouvé du cupro uniquement pour l’instant sur les Coupons de St Pierre. En magasin je n’en ai pas encore vu. Les 3m sont encore à 10€ pour les couleurs sable et beige.

  • Ah merci pour ces explications, j’avais lu dans un livre de couture que le tencel, le modal et le cupro était des alternatives à la viscose. Mais à force de voir sur les sites de ventes de tissus des compositions de tissu cupro ou modal en 100% viscose. J’étais perdue, ils devraient indiquer 100% cellulose et non viscose cela porte à confusion.

    Je trouve aussi qu’il est dommage d’avoir aussi peu d’offres en France sur ces tissus, quand je zieute du côté des sites étrangers j’ai l’impression qu’il y a plus de choix.

    • Effectivement, je me rends compte que peu de monde connait vraiment la différence entre ces tissus, y compris parfois ceux qui les vendent… Et je suis d’accord avec vous, je trouve que ces alternatives à la viscose sont malheureusement peu présentes dans les merceries et boutiques en ligne, en particulier en France.

  • Merci pour cet article ! Très intéressant. Cet éclaircissement va élargir mes choix de matières tout en restant dans la démarche écologique et durable. Merci et bravo

  • Je découvre ce superbe site ce jour et je suis toute « ouie » sur cet article car débutant dans la couture, je me posais la question sur certains tissus dont la viscose ! L’idée étant de coudre mais avec une certaine éthique tout de même ^^
    Cet article est une mine d’or et m’ouvre les yeux sur pas mal de choses, merci beaucoup !

    • Merci Soraya, ravie que cet article vous ait été utile ! Effectivement, la viscose est souvent « vendue » comme étant un tissu naturel et respectueux de l’environnement, mais ce n’est pas vraiment le cas. En tous cas, il existe des alternatives plus eco-friendly !

  • Je découvre ce superbe site ce jour et je suis toute « ouie » sur cet article car débutant dans la couture, je me posais la question sur certains tissus dont la viscose ! L’idée étant de coudre mais avec une certaine éthique tout de même ^^
    Cet article est une mine d’or et m’ouvre les yeux sur pas mal de choses, merci beaucoup !

  • c’est exactement ce genre d’article sur le cupro, le tencel et co. que je cherchais! très intéressant ! beau travail d’investigation!
    et bien sûr je suis convaincu qu’en devenant consom’acteur, on peu changer les choses! certaines marques ont une politique de transparence très rassurante, nous devont nous tourner au max vers elles

  • Bravo, quel travail, c est une vrai mine d informations hyper utiles pour les couturières et même les consommateurs de prêt à porter!

    • Merci Valéria ! Effectivement, c’est aussi valable pour le prêt à porter. A nous de regarder les étiquettes pour choisir au mieux…

  • Merci pour ces infos très intéressantes. Quand, comme moi, on coud ses vetements pour consommer moins et mieux, l’impact environnemental des tissus que l’on utilise est un critère de choix important. My

    • Merci My pour votre commentaire. Comme vous, j’essaye de faire plus attention à l’impact des tissus que j’utilise. Je suis loin d’être parfaite sur le sujet mais je m’y mets petit à petit !

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