Modélisme #3 : Comment construire des patrons de base à vos mesures ?

Patrons de base - modélisme femme - Louise magazine

Aujourd’hui, nous allons aborder une notion essentielle en coupe à plat : les patrons de base. Ils constituent une représentation « à plat » du corps humain et sont le support des transformations nécessaires à la conception d’un vêtement, quel qu’il soit. En modélisme femme, il y a 4 patrons de base :

  • le buste,
  • la manche,
  • le pantalon,
  • la jupe.

Les créateurs de patrons et les marques de prêt à porter travaillent à partir de patrons de base en taille standard (36, 38 , etc.). Mais si vous voulez faire un vêtement pour vous, vous avez tout intérêt à construire les patrons de base directement à vos mesures. Voici les différentes étapes à suivre.

La prise de mesures

prendre ses mesures couture - modélisme
Crédit photo : Artesane – Prendre ses mesures comme un(e) professionnel(le)

Quelques conseils pour bien prendre vos mensurations :

  • Gardez votre corps bien droit et les bras le long du corps,
  • Prenez vos mesures en sous-vêtements fins et près du corps type body ou culotte + maillot de corps. Évitez le soutien-gorge pigeonnant…
  • Faites-vous aider par une amie : ce sera beaucoup plus facile et plus précis. Et pour certaines mesures, c’est de toutes façons indispensable – à moins d’être contorsionniste !
  • Ne trichez pas ! Plus vos mesures seront précises et exactes, plus le vêtement sera ajusté à votre morphologie. Et donc vous serez belle dedans !!
  • Utilisez un mètre-ruban pour prendre toutes les mesures nécessaires. Positionnez-le bien à plat. Il doit épouser votre corps sans le serrer.
  • Nouez un ruban (bolduc) autour de votre taille. Il se placera naturellement au creux de votre taille, ainsi vous repérez facilement votre ligne de taille. Vérifiez que le ruban est bien horizontal (surtout si vous avez un petit bidon !). Vous pouvez faire la même chose au niveau des hanches (sur la partie la plus forte du bassin).

Les 3 mesures les plus importantes sont :

  • le tour de taille (au creux de la taille)
  • le tour de poitrine (au plus fort de la poitrine)
  • le tour de hanches (au plus fort du bassin)

Mais il y en a beaucoup d’autres à prendre pour construire des patrons entièrement à vos mesures ! Prenez votre temps et soyez aussi précise que possible. Notez toutes les valeurs dans un tableau que vous garderez précieusement. Il vous sera utile non seulement pour des travaux de modélisme mais aussi pour choisir votre taille de patron dans le commerce et l’adapter à vos mesures.

Voici quelques tutos vidéos qui vous montrent comment bien prendre vos mensurations :

Construction des patrons de base

Il existe plusieurs méthodes de construction des patrons de base. Je vous invite à (re)lire à ce sujet l’article comment s’initier à la coupe à plat dans lequel sont listées différents ouvrages et cours sur lesquels vous pouvez vous appuyer. Je vous recommande notamment les livres de Teresa Gilewska ou de DP Studio qui sont d’excellents ouvrages de référence de coupe à plat.

Pour celles qui n’ont pas envie d’investir dans un livre, vous trouverez sur le site Petit Citron, un pas à pas gratuit pour tracer un corsage de base.

Si ces méthodes différent sur certains points, les grands principes de construction des patrons de base restent les mêmes. Nous allons donc les passer en revue.

Les lignes de construction

Le tracé à plat de la silhouette s’appuie sur un ensemble de lignes horizontales et verticales qui constituent des repères indispensables pour reporter les différentes mesures du corps.

Tous les patrons de base (à l’exception de la manche) sont tracés en demi-devant ou demis-dos. Les lignes verticales de milieu devant et milieu dos constituent en effet des axes de symétrie du corps et donc du vêtement (sauf si le vêtement est asymétrique, évidemment !).

Coupe à plat - Lignes de construction des patrons de base
Principales lignes de construction des patrons de base – © LOUISE Magazine

La ligne de taille est la ligne horizontale la plus importante pour la construction des patrons de base. Elle divise le corps en partie haute (buste) et partie basse (jambes). C’est la raison pour laquelle beaucoup de mesures sont prises à partir de la taille : par exemple la hauteur taille-genou utilisée pour la jupe de base, ou la longueur devant (du ras-du-cou à la taille en passant par la poitrine) utilisée pour la construction du buste de base.

D’autres lignes sont essentielles pour la construction des patrons de base :

  • la ligne de carrure,
  • la ligne de poitrine,
  • la ligne de hanches,
  • la ligne de montant (pour les pantalons)
  • la ligne de genoux,
  • etc.

Comme les patrons de base sont tracés en demi-devant ou demi-dos, les mesures reportées sur les lignes horizontales telles que la ligne de poitrine ou de taille, correspondent au quart du tour de poitrine ou au quart du tour de taille.

Les pinces

Les pinces permettent de passer d’un gabarit à plat à une toile en 3 dimensions qui épouse les formes du corps. Les principales pinces que l’on retrouve sur les patrons de base sont :

  • les pinces épaule dos, qui représentent le volume des omoplates
  • les pinces dites bretelle devant, qui correspondent au volume de la poitrine
  • les pinces de taille (devant et dos) qui absorbent le surplus de tissu au niveau de la taille.
Pinces sur les patrons de base - modélisme femme
Les principales pinces du buste de base – © LOUISE Magazine
Positionnement des pinces sur le buste de base femme
Vue à plat des pinces sur le buste de base – © LOUISE Magazine

Les valeurs des pinces dépendent de vos mensurations et de votre morphologie. Il est important de respecter les indications de placement, hauteur et largeur maximale des pinces pour que le vêtement ait un joli tombant et reste confortable à porter.

La pince d’épaule ou pince d’omoplate

Cette petite pince permet d’absorber le volume de l’omoplate et d’éviter que des plis disgracieux se forment au niveau de l’emmanchure. Sur le buste de base, elle est située au milieu de l’épaule, dans le dos. Sa longueur est autour de 7 cm et sa largeur d’environ 1 cm, mais ces valeurs sont à ajuster au moment de l’essayage. Plus vous avez un dos arrondi, plus cette pince doit être courte et large.

La position de cette pince peut être modifiée pour des raisons esthétiques. On la déplace dans l’emmanchure dans le cas d’une découpe princesse, ou dans la couture du milieu dos pour des vêtements ajustés comme la veste tailleur. Si le vêtement n’a pas de découpes dans le dos, la valeur de la pince peut être facilement absorbée dans la couture d’épaule (comme de l’embus).

La pince bretelle (ou pince poitrine)

C’est une pince très importante. Elle est indispensable pour les vêtements ajustés car elle représente le volume de la poitrine. Sans cette pince, la poitrine crée une déformation du vêtement qui fait bailler l’emmanchure (comme l’omoplate dans le dos qui nécessite une pince d’épaule, cf. le paragraphe précédent).

La valeur de cette pince dépend de votre tour de poitrine. Elle est positionnée sur la ligne d’épaule et descend jusqu’à la pointe des seins. En tous cas pour  le patron du buste de base. Car sur un vêtement fini, cette pince est bien souvent placée à un autre endroit : sur le côté, dans l’encolure, à la taille, au milieu devant, etc. Tout dépend de l’effet souhaité ! Mais nous avons en reparler plus bas dans cet article, dans la partie transformations.

Sur des vêtements larges ou en maille, cette pince n’est pas indispensable et peut être supprimée. C’est le cas sur les t-shirts et les sweats par exemple. Mais aussi sur des chemisiers ou des blouses à la coupe confortable qui ont une aisance importante.

Les pinces de taille

Ces pinces permettent de cintrer le vêtement et l’ajuster à la taille. Généralement, on en positionne 2 sur le devant et 2 sur le dos + 1 au milieu dos, soit 5 en tout. Leur valeur est calculée pour absorber l’écart entre le tour de poitrine et le tour de taille (au-dessus de la taille) ou entre le tour de hanches et le tour de taille (en-dessous de la taille). Si la différence est importante, vous devrez ajouter des pinces supplémentaires.

Pour des vêtements amples ou à la coupe droite, les pinces de taille ne sont pas utiles. Les valeurs de pinces sont alors transformées en aisance sur le vêtement.

Valeurs d’aisance

L‘aisance est ce qui nous permet, comme son nom l’indique, d’être à l’aise dans un vêtement. On peut respirer sans avoir peur de craquer les coutures :-). C’est donc une valeur que l’ajoute aux mesures de notre corps pour que le vêtement soit portable.

Sur les patrons de base, en théorie l’aisance est nulle puisqu’ils sont une représentation à plat de notre silhouette. Mais il y a plusieurs écoles ! En effet, certaines méthodes intègrent une aisance minimale dès la construction dans la construction des patrons de base. D’autres recommandent d’ajouter l’aisance uniquement sur le patron du vêtement fini, en fonction de l’ampleur souhaitée et du tissu dans lequel le vêtement sera réalisé.

La méthode DP Studio prend en compte des valeurs d’aisance suivantes dans ses patrons de base :

  • Aisance poitrine : + 4 cm
  • Aisance taille : + 2 cm
  • Aisance hanches : + 4 cm

A l’inverse, Teresa Gilewska propose une méthode de construction des patrons de base sans aisance. Je vous laisse choisir votre camp !

Essayage et ajustement des patrons de base

Une fois que la construction de votre patron de base terminé, il faut vérifier son bien-aller et le rectifier si nécessaire. Pour cela, vous devez réaliser une toile. Voici les différentes étapes à suivre.

Élargissement de base

Comme expliqué au paragraphe précédent, selon la méthode que vous choisissez, le patron de base comprend ou non des valeurs d’aisance. S’il n’en a pas, vous devez en ajouter avant de réaliser une toile. Ces élargissements sont nécessaires pour que la toile soit portable et que vous puissiez l’enfiler. Ils prennent en compte l’épaisseur du tissu et des marges de couture.

Marges de couture

Pour la toile, il est conseillé d’ajouter des valeurs de couture de 1 cm sauf sur les coutures de côté où la mage des couture est plus large : 2 ou 3 cm. Vous pourrez ainsi facilement corriger cette ligne de côté et éventuellement élargir le patron s’il est trop juste à l’essayage.

Pensez aussi que la toile doit pouvoir être enfilée :

  • Pour le buste, ajoutez une croisure au milieu devant (de 3 cm par exemple).
  • Pour la jupe, prévoyez une fermeture au milieu dos,
  • Pour le pantalon, laissez une ouverture au milieu devant pour enfiler le pantalon et fermez ensuite cette ouverture à l’aide d’épingles.

Coupe et assemblage de la toile

Coupez votre patron d’essayage dans un tissu uni, chaîne et trame, non extensible et qui ait une bonne tenue, sans être trop épais ni trop rigide. Reportez toutes les indications du patron sur votre tissu : pinces, lignes de construction, crans de montage, droit fil, etc.

La toile doit être assemblée à l’aide d’un point de bâti ou d’épingles, mais surtout pas à la machine à coudre !! Sinon, vous perdrez beaucoup de temps à découdre pour ajuster et faire les modifications nécessaires sur votre patron.

Essayage et corrections

Le moment de vérité !! Vous allez enfin savoir si tout le travail de construction de votre patron est réussi… Même si vous n’avez pas fait d’erreur et que vos mesures sont précises, vous aurez certainement quelques ajustements à faire car chaque morphologie est unique. Mais encore faut-il savoir comment s’y prendre pour faire ces corrections !

Personnellement je m’appuie sur le livre de Teresa Gilewska Les patrons de base sur mesure. Elle y liste les défauts et leurs corrections pour chacun des patrons de base. Les explications sont claires et bien détaillées.

Patron de base fini

Une fois les corrections effectuées sur votre toile, vous devez les reporter sur le patron papier. Utilisez un crayon de couleur pour qu’elles soient bien visibles et n’hésitez pas à ajouter des notes pour expliquer les corrections réalisées. Recopiez proprement votre patron de base corrigé en retirant les marges de couture et les élargissements que vous avez ajouté pour l’essayage. Ce patron servira de base tous les vêtements que vous avez envie de réaliser.

Transformations du patron de base

C’est le moment de jouer les apprentis stylistes ! Maintenant que vos patrons de base sont construits et ajustés à votre silhouette, vous pouvez réaliser n’importe quel vêtement sorti de votre imagination. Réfléchissez au modèle que vous voulez réaliser, sa coupe, son ampleur, ses éventuelles découpes, etc. Ce sont autant de transformations que vous devrez réaliser sur votre patron de base.

Vous pouvez vous appuyer sur les transformations détaillées dans différents livres de coupe à plat. Mais aussi sur des patrons que vous avez chez vous : n’hésitez pas à décortiquer vos patrons préférés pour comprendre les transformations qui ont permis d’aboutir à ce modèle. Pour cela, reportez vous au tableau des mensurations qui accompagne le patron et mesurez l’aisance qui a été ajoutée à la poitrine, au tour de taille, etc. Notez ces informations dans un carnet pour vous constituer une bibliothèque de transformations des patrons de base.

Les principales transformations

Élargissement

C’est la transformation la plus simple. Il suffit de déplacer la ligne de côté du vêtement pour y ajouter de l’aisance. Pour ne pas déséquilibrer le vêtement, vous devez appliquer les mêmes élargissements sur le dos que sur le devant (sauf si c’est un effet de style voulu). Comme les patrons sont conçus par demi-dos ou demi-devant, souvenez-vous qu’en déplaçant la ligne de côté d’1 cm sur le patron, vous ajoutez en réalité 4 cm d’aisance au vêtement !

Pour donner de l’ampleur au vêtement, vous pouvez choisir de supprimer les pinces de taille et du milieu dos pour les transformer en aisance.

Pivot de pinces

Pour déplacer la pince bretelle, on utilise la technique du pivot. Deux méthodes permettent de la mettre en oeuvre : soit par découpage, soit à l’aide d’un calque. Le principe est de réaliser une rotation de la pince autour d’un point de pivot, qui est la pointe du sein.

Méthode pour déplacer la pince bretelle (pivot de la pince vers l'emmanchure)
Méthode pour réaliser un pivot de la pince bretelle – © LOUISE Magazine

La pince bretelle peut ainsi être déplacée à de multiples endroits. Le plus souvent, elle est placée sur le côté, juste en-dessous de l’emmanchure. Mais on peut aussi la déplacer dans l’emmanchure, dans l’encolure, à la taille, au milieu devant, etc. La seule contrainte à respecter est de tracer un axe qui va jusqu’au point de poitrine.

Il suffit d’observer les vêtements que vous avez dans votre dressing ou des patrons que vous connaissez pour voir cette technique de pivot en application ! Voici quelques exemples :

La pince bretelle peut également être transformée en fronces ou en plis sur la ligne d’épaule ou sur un empiècement devant. Bref, les possibilités sont nombreuses et cette pince peut constituer un élément de style intéressant et original selon ce que vous en ferez !

Éléments de style et finitions

Les transformations que nous venons de décrire permettent de modifier l’ampleur du vêtement et son allure générale. Vous pouvez ensuite y ajouter les éléments de style et/ou de finition que vous souhaitez : poches, col, patte de boutonnage, parementure, etc.

Prochain épisode

Dans le prochain article, nous parlerons du cours de construction et de transformation du buste de base que j’ai eu la chance de suivre sur la plateforme Artesane. A bientôt mes Louisettes !

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