fbpx
Interview d'Emilie, la créatrice de Maison Fauve

Pas de deux avec Emilie, la créatrice de Maison Fauve

Par Astrée

À l’occasion de la sortie de sa nouvelle collection Sew Me Ballets Russes, nous avons eu le plaisir d’interroger Emilie, la créatrice de Maison Fauve. Entre excitation et appréhension, elle évoque avec nous ce moment particulièrement intense, depuis l’amorce de la collection jusqu’au shooting incroyable au Musée Favre. Cet échange fut également l’occasion de l’interroger sur son changement de vie, sa démarche créative et sa vision de la couture. Un grand merci à elle d’avoir accepté de se confier à nous.

Au moment de lancer cette nouvelle collection, comme le demande Proust : quel est l’état présent de ton esprit ?

Je t’avoue que l’appréhension est toujours au rendez-vous… Présenter les nouveaux patrons reste pour moi un moment qui mêle anxiété et excitation. Mais je suis contente car le lookbook que nous avons mis en ligne la semaine dernière a beaucoup plu, cela me rassure un peu 😉

Parlons chronologie. Combien de temps prépares-tu à l’avance une collection ? Quelle est l’amorce, où tu te dis “ça y est, j’ai la piste !” ? Quelles sont les étapes qui te mènent de l’idée première au modèle photographié ?

Le départ est toujours sur une projection de ce que je voudrais porter pour la saison suivante. En général la collection printemps-été germe gentiment en novembre/décembre, et la collection automne/hiver à partir de février. En gros je me remets du lancement de la collection en cours et je repars en quête de nouvelles envies.

Ensuite je me laisse porter par le thème, je dessine de nombreux vêtements et j’envisage le vestiaire de la saison. Une fois convaincue par les dessins, j’attaque les prototypes. Il y a de nombreux allers retours avec la modéliste qui m’accompagne sur le développement des patrons (envoi de prototypes, essayages de toiles, photos, etc…) et quand tout est validé, on passe à la gradation et au test. Entre temps je débute mes achats tissus et je commence à coudre les vêtements.

Et pour le shooting, jusqu’à présent aucune séance ne s’est jamais ressemblé ! Pour la dernière, l’ambiance et le choix des tissus était vraiment conditionné par la collection et le choix du lieu (dont je n’ai su qu’il était validé que 5 jours avant le shooting…).

Qu’est-ce qui t’a menée aux Ballets Russes pour cet automne ?

J’ai relu l’hiver dernier Anna Karénine, et me replonger dans cette histoire sous la Russie Impériale m’a donné envie de creuser l’histoire de la chute du Tsar, et l’exode des russes blancs qui s’en est suivi. L’arrivée d’artistes, de nobles et d’intellectuels russes aura considérablement influencé les artistes français. J’ai alors vraiment découvert la compagnie des Ballets Russes : tout le monde connaît le terme, mis en lumière dans la mode par Yves Saint Laurent, mais l’on ignore souvent combien cette compagnie a collaboré avec des artistes, des créateurs… C’est un univers global et passionnant.

Emilie de Maison Fauve en blouse Maia - collection Sew Me Ballets Russes

Comment transcris-tu une inspiration (picturale, littéraire, musicale) dans un vêtement ?

Je ne peux pas dire que la retranscription soit littérale ! Ma dernière collection en est l’exemple, point de tutu oui de vêtement qui penche trop vers le folklore… Mais c’est plus une allure, l’image d’une femme qui s’imprègne de l’élément inspirant. Comment est-elle, la femme contemporaine qui se laisse embarquer dans l’univers de la chanson, du tableau, ou autre ?

Quel shooting incroyable ! Parle-nous du musée Fabre, et de la belle équipe autour de toi.

Pourvoir shooter au musée Fabre a été une opportunité alliée à une bonne étoile ! Je ne parvenais pas à contacter le musée, et mon photographe Laurent m’a parlé d’un organisme appelé « Le Bureau des tournages ». Il se charge de mettre en relation des productions (en général plutôt TV et cinéma, ou grosse pub) et des lieux. Ma demande les a amusés : un shooting pour une marque de patrons de couture ce n’est pas fréquent comme requête ! Et puis nous étions une toute petite équipe : Julie, Vanina la seconde modèle, mon photographe et moi.

Jérôme du Bureau des tournages a convaincu le musée, et nous avons pu accéder un jour de fermeture au public pour shooter pendant cinq heures. Un musée pour nous tout seuls… Un rêve de grands enfants, quoi ! Nous avions repéré les lieux avant, avec Laurent, donc nous n’avons pas perdu de temps car j’avais déjà en tête quelles tenues dans chaque salle. Enfin ce fût tout de même un sacré marathon, et j’étais très très anxieuse de gérer cette séance ; j’avais surtout peur de ne pas être à la hauteur de ce lieu incroyable.

Shooting Sew Me Ballets Russes au Musée Favre

Ta bio sur IG te définit comme “DA” de la marque. Peux-tu nous dessiner les contours de ce rôle ?

J’ai crée Maison Fauve pour exprimer tout ce qui me passionne et m’intéresse dans le vêtement. J’ai désormais la chance d’avoir Julie avec moi, elle gère tout ce qui est administratif, elle s’occupe des échanges avec les clients et les revendeurs, et c’est formidable de pouvoir me libérer du temps pour travailler sur les collections, les patrons, la couture. Être directrice artistique signifie réfléchir et créer les collections, et mettre en image, en lumière, tout l’univers créatif de Maison Fauve.

Maison fauve est une société tournée vers les réseaux sociaux mais on sent aussi son ancrage dans sa région. Est-ce une volonté ? Que désires-tu montrer ?

Je n’investigue pas volontairement sur mon propre terrain, mais j’ai la chance d’habiter une région  dynamique culturellement, avec des lieux magnifiques et des paysages très variés. Et puis sincèrement c’est aussi assez pratique de ne pas avoir à trop me déplacer pour pouvoir shooter !

Ta vie a pris un tour différent ces derniers mois. Vie professionnelle, une associée, un local… Raconte-nous tous ces bouleversements !

La décision d’arrêter d’être dentiste a été longue à mettre en oeuvre, car changer de vie professionnelle à 39 ans ce n’est pas anodin. Et partir seule à 100% n’était pas une solution pérenne : à plusieurs on est plus forts! La rencontre avec Julie a été formidable car elle me complète totalement, elle pallie mes lacunes sur le plan comptable, administratif, elle est très organisée, bref elle m’aide à faire grandir Maison Fauve ! Et puis elle est aussi très investie et me conforte beaucoup dans mes choix plus artistiques, son point de vue me rassure.

Notre atelier nous est loué par la pépinière d’entreprise Via Innova à Lunel, qui accompagne mon entreprise, et c’est une vraie chance pour une jeune société.

Qu’est-ce que ces choix apportent à Maison Fauve ?

C’est fini de bricoler dans le salon, de stocker les patrons dans le garage, et de me coucher chaque nuit à 3h pour assurer le bon fonctionnement de mon entreprise (bon, je ne dors pas beaucoup plus, mais je fais énormément plus de choses). À deux on déplace des montagnes : tournage des tutos, gestion des stocks, espace pour un studio photo, Maison Fauve peut ainsi progresser bien plus vite.

Comment imagines-tu évoluer la marque dans les années à venir ?

Je souhaite que la couture devienne une vraie alternative à la consommation de vêtement, et que Maison Fauve puisse accompagner ce changement par des collections inspirantes et une vraie proposition mode. Et j’aimerais aussi traverser les frontières !

Emilie lors de la collection Sew Me Pampa

Ton entourage a-t-il compris le virage que tu as pris ? Est-il difficile de concilier vie pro et vie perso quand ton métier est ta passion ? Quel conseil donnerais-tu à une femme qui rêve de se lancer ou qui s’apprête à le faire ?

Quitter le cabinet a été en concertation avec mon mari, car cela a un impact évident sur notre vie et nos revenus. Mais il voyait combien cela me tenait à cœur de ne pas laisser passer la chance de faire grandir ma marque, et que je n’avais pas travaillé jusque là pour rien car j’avais réussi à construire quelque chose malgré le peu de temps que j’avais à consacrer à ce second métier. Et il est très présent pour nos enfants, il comprend que ma nouvelle vie implique beaucoup de temps et de travail.

Concilier vie pro et vie perso était avant un plus grand casse tête encore, donc de ce côté je me sens moins contrainte. Le plaisir de bosser pour moi est bien entendu sans équivalent.

Je suis très prudente donc je ne saurais conseiller de foncer les yeux fermés: il faut quand même qu’il y ait une réalité économique (enfin pour moi c’était nécessaire, je devais savoir que je pourrai vivre de mon métier-passion). Après il y aura toujours de bonnes raisons d’avoir peur, et de bonnes raisons de se lancer. Il faut peut être se demander si l‘on est heureux ou pas dans la vie de l’entre deux, et moi je n’étais plus heureuse et surtout très fatiguée. Je sentais que je n’étais pas au max de ce que je pouvais proposer avec Maison fauve, et que je ne pouvais me consacrer à ma famille comme je l’aurais voulu car tout mon temps hors du cabinet était pour mon entreprise.

Un jean, un trench, de la maille : cette collection complète encore le dressing Maison Fauve. Tu proposes désormais un panel de patrons très étendu, en nombre et en type de vêtement… Comment conçois-tu la garde-robe de la femme Maison Fauve ?

La garde-robe de Maison Fauve étant avant tout la mienne, je veux réussir à proposer des patrons pour se coudre des vêtements qui iront à toutes les circonstances de la vie. Bon vous l’aurez compris je ne suis pas une grosse sportive ni quelqu’un qui aime les vêtements très très casual. Donc ce ne sont pas des pièces que vous retrouverez chez Maison Fauve. Par contre je réfléchis beaucoup sur comment allier féminité, confort, parfois même une dégaine un peu boyish.

Les multiples options des patrons et les choix de tissu que j’essaie d’étendre par modèles permettent j’espère à beaucoup de femmes de se retrouver dans les patrons que je crée. Parfois j’aime l’extravagance, parfois j’aime calmer le jeu, je veux pouvoir m’amuser avec mes fringues et j’adore passionnément le vêtement.

La couture est vraiment pour moi un terrain de jeu formidable, qui laisse la place à la curiosité et où l’on peut exprimer chacune à notre façon notre petit brin de folie, le petit bout de « nous » qui incarnera nos vêtements.

Sew Me Ballets Russes - Maison Fauve

Enfin, choix cornélien.. As-tu une pièce favorite dans cette nouvelle collection ? Pour quelle raison ?

Ayant pensé cette collection dans sa globalité, avec un réel esprit de garde robe, je n’ai pas de vrai chouchou. Je suis heureuse d’avoir intégré des pièces qui sont vraiment pensées pour traverser les années: un beau manteau /trench qui ne se démodera pas, un jean (enfin!!!), une pièce en maille, ce qui était absent jusque là car je ne porte que peu de vêtement en jersey…Honnêtement je ne sais pas, le duo top Ludmilla et jean Hussard comme sur les photos peut-être (et enfiler par dessus un beau trench… rahhhhh) !

Partagez l'article sur

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur pinterest
Partager sur email

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Newsletter

Ne perdez pas le fil ! Chaque semaine, recevez les dernières actus, nouveautés et inspirations couture