Interview d’Angélique, la créatrice de Ma Petite Garde Robe

Interview d'Angélique, créatrice de Ma Petite Garde Robe - Louise Magazine

En novembre dernier, à l’occasion du salon Créations et Savoir Faire, j’ai eu le plaisir de faire la connaissance d’Angélique, la créatrice de Ma Petite Garde Robe. Un concept de box couture avec tout le nécessaire pour coudre un vêtement. Le petit plus :  le patron est déjà positionné sur le tissu, il n’y a plus qu’à découper ! De quoi séduire les débutantes ou les couturières pressées 😉.

J’étais donc curieuse d’en savoir plus sur le concept de Ma Petite Garde Robe et sur sa créatrice Angélique. En sirotant un café à l’écart du brouhaha et de la foule du salon,  nous sommes revenues sur son parcours, sur la naissance de Ma Petite Garde Robe et sur ses projets. J’ai découvert une femme pleine d’énergie et d’idées, qui parle avec la même passion de couture, d’entrepreneuriat et d’innovation ! Bien loin de l’image ringarde et mémérisante que certain(e)s se font de la couture…

Pour celles qui ne connaissent pas Ma Petite Garde Robe, est-ce que tu peux nous en présenter le concept ?

C’est une box avec tout ce qu’il faut pour coudre un vêtement :

  • Un tissu de qualité, parce que c’est compliqué de trouver de beaux tissus d’habillement à la mode à des prix compétitifs. Je travaille directement avec des fabricants de tissus, pas des revendeurs
  • Le patron, qui est thermocollé sur le tissu. Du coup, tu ne peux pas te tromper : les pièces du patron sont déjà positionnées comme il faut dans le droit fil. Ensuite tu sépares le patron du tissu. Le patron est en papier thermocollant donc il se réutilise. Il suffit de le recoller au fer à repasser sur un autre tissu. C’est super pratique quand tu débutes ou que tu es pressée. Cette phase d’utilisation du patron, c’est de toute façon celle qui ne nous fait pas rêver en tant que couturière. On a envie de passer sur sa machine à coudre et de voir le travail avancer.
  • Et la mercerie (boutons, galons). Comme pour les tissus, je travaille directement avec les fabricants. J’essaye de proposer des accessoires de mercerie que tu ne vas pas trouver facilement ailleurs.

Contenu de la box couture Ma Petite Garde Robe

Pourquoi une box et pas simplement une marque de patrons ?

J’ai essayé de trouver l’espace où il n’y avait pas encore de réponse. On trouve de plus en plus de jolis patrons modernes. Mon analyse a été la suivante : quand tu es débutante, quel que soit ton âge, coudre ses vêtements reste une expérience compliquée. Il faut trouver le patron, le tissu adapté et ensuite réussir à utiliser correctement le patron. Je trouve que cette étape d’utilisation du patron – que tu décalques, que tu découpes, que tu épingles, parfois sur un tissu qui glisse, etc. – est une expérience longue, compliquée et souvent décourageante. Il faut aussi des notions de droit fil, de marges de couture.

C’est comme ça que j’ai imaginé le concept EASY PATTERN © de Ma Petite Garde-Robe. Et l’idée de la box, kit complet de couture, répond aux attentes de celles qui n’ont pas le temps de faire le shopping tissu et mercerie, ou qui ne trouvent pas leur bonheur dans leurs boutiques habituelles.

Je sais que tu avais l’ambition, au départ, de créer une box 100% made in france. Est-ce que tu y es parvenue ?

La box est largement made in France puisque 92% de la valeur ajoutée est faite en France. Malheureusement, je n’ai pas trouvé de tissus made in France disponibles en faible métrage. Pour l’instant, je travaille donc avec deux fournisseurs : un italien et un espagnol.

La mercerie est made in France. Je travaille avec un fabricant stéphanois pour les galons. Et les boutons sont fabriqués dans le Jura.

J’aimerais bien être un jour 100% made in France. C’est l’objectif à terme ! Je suis d’ailleurs en contact avec quelques fabricants de tissus français.

Ma Dream Box - Ma Petite Garde Robe

Tu as fait des études d’ingénieur et occupé plusieurs postes à responsabilités. Comment en es-tu venue à changer de vie pour créer Ma Petite Garde Robe ?

J’ai effectivement fait des études d’ingénieur, dans le domaine des matériaux. J’ai travaillé pendant 11 ans chez Décathlon, dans la filière achats / supply chain. A la fin, je dirigeais l’équipe achats cycle. J’ai quitté Décathlon pour des raisons géographiques : mon mari et moi étions montés dans le Nord pour des raisons professionnelles mais nous avions envie de revenir en région lyonnaise.

J’avais besoin de remettre du sens et de la passion dans ce que je faisais.

Après avoir quitté Décathlon, je suis retournée vers le secteur auquel je me destinais à l’origine : la santé. J’ai passé 3 ans dans le secteur des achats pour le groupement des CHU de France.. J’ai ensuite travaillé pendant 6 ans comme Directrice des opérations pour une société du secteur de la santé, mais à l’international. Sur le papier, le job était parfait : la dimension internationale m’intéressait et je travaillais au plus près des centres de soins donc ça faisait sens pour moi. Mais l’écart entre mes valeurs personnelles et les objectifs qui m’étaient fixés s’est creusé au fil du temps. Le rythme était infernal. J’ai fini par démissionner.

Je me suis alors demandé ce que j’allais bien pouvoir faire après avoir travaillé pendant 20 ans en tant que salariée sur des jobs super exigeants. J’avais besoin de remettre du sens et de la passion dans ce que je faisais.

Et c’est à ce moment là qu’est née l’idée de Ma Petite Garde Robe ?

Oui, depuis toute petite, j‘ai toujours tricoté et cousu. Ma grand-mère était couturière, ma mère était institutrice et avait appris à coudre à l’Ecole Normale. Du coup, elle enseignait la couture à ses élèves. Elle m’a appris à coudre et à tricoter très tôt. Ma nourrice était elle aussi une grande fan de tricot. J’ai toujours baigné dans cet environnement.

Par ailleurs j’ai toujours adoré les fringues. Mais je ne me sentais pas au niveau pour créer une marque de vêtements. Il y a 2 ans, je suis venue au salon CSF et j’ai commencé à m’intéresser à l’univers du DIY. J’ai compris que c’était un marché où il y avait vraiment des attentes, qui marchait bien, qui était en train de se rajeunir et très dynamique.

Comment es-tu passée de l’idée à la réalisation concrète ? Je crois que tu as été accompagnée par un incubateur, tu peux nous en parler un peu ?

Fin 2016, après le CSF je me suis intéressée au monde de l’entrepreneuriat que je ne connaissais absolument pas. J’ai vite compris que j’avais plus de chances de réussir en étant accompagnée.

Tant que les gens ne comprennent pas ce que tu racontes, ça veut dire que ce n’est pas clair dans ton esprit.

En février 2017, j’ai donc rejoint un incubateur : les Premières AURA (qui s’appelait les Pionnières auparavant). J’ai fait la pré-incubation, c’est-à-dire toute la préparation du projet : l’étude de marché, le business plan, etc. Tous ces éléments qui sont indispensables quand tu vas voir les banques !

J’ai aussi appris à pitcher, En fait, tu passes ta vie à pitcher ton projet, tu le fais avec les banques, les journalistes, les fournisseurs, les clients. C’est très compliqué mais ça t’aide à construire ton projet aussi. Tant que les gens ne comprennent pas ce que tu racontes, ça veut dire que ce n’est pas clair dans ton esprit.

Ça m’a permis aussi d’échanger avec d’autres créateurs d’entreprise, dans des domaines différents. J’ai gagné un temps fou sur des choses basiques que je n’avais jamais faites. Je ne connaissais absolument rien en communication digitale, je n’avais même pas un compte Facebook. Pour les shootings aussi, j’allais voir les autres filles pour savoir avec qui elles avaient fait leurs photos.

Au total, j’ai passé quasiment 1 an et demi chez les Premières. J’ai déposé les statuts fin janvier 2018. Et le site a été mis en ligne en juin.

Tu parlais de business plan et des banques, comment s’est passé le financement de ton projet ?

En parallèle de l’incubation chez Premières, j’ai suivi un parcours qui s’appelle Lyon Start Up. J’ai terminé 3ème ! Comme j’ai déposé un brevet, j’ai obtenu des financements : la bourse French Tech de BPI France et Inovizi émergence de la région Rhône Alpes.

Ça m’a permis de faire face aux dépenses inhérentes à la création d’une entreprise : l’identité visuelle, le site Internet, l’achat des matières, les aspects juridiques (dépôt de modèle, dépôt de marque, dépôt de brevet…).

Tu as déposé un brevet pour le concept EASY PATTERN ©. Comment et à quel moment t’es venue l’idée d’un patron collé sur le tissu ?

Easy Pattern - patron thermocollé sur le tissu

Dès le début, je me suis dit qu’il fallait que je résolve ce problème d’utilisation compliquée du patron. L’idée d’un patron imprimé sur du papier thermocollant est venue en discutant avec mes fournisseurs. En fait c’est une technique largement utilisé dans l’industrie textile.

J’ai d’abord testé le concept de patron thermocollant à positionner soi-même sur le tissu. Mais j’ai trouvé que ce n’était pas idéal : on se retrouve avec une immense feuille à coller sur le tissu et ça finit toujours par gondoler. Sinon il faut découper les pièces avant, mais on perd l’intérêt d’avoir des pièces positionnées correctement les unes par rapport aux autres et par rapport au droit-fil du tissu.

J’en suis alors arrivée à la solution de livrer le patron déjà thermocollé sur le tissu. Je sous-traite cette étape à un industriel, qui est plutôt spécialiste du contrecollage permanent. Il a donc fallu résoudre le problème du contrecollage temporaire qui tient suffisamment mais pas trop, pour pouvoir être réutilisé. Après plusieurs ajustements, on a fini par trouver la bonne technique !

Comment se déroulent les étapes d’élaboration et de conception de tes modèles ?

Je travaille avec deux modélistes : une qui fait le dessin du modèle et la gradation, la seconde fait le placement. Je m’occupe de toute la direction artistique. Sur la première collection, j’ai fait travailler deux stylistes. Mais je me suis rendue compte que je gardais finalement beaucoup la main sur la création donc maintenant je le fais moi-même. Je ne suis pas très douée en dessin, mais je sais expliquer ce que j’attends et la modéliste comprend ce que je veux.

Quand j’élabore les modèles, je réfléchis beaucoup avec les modélistes à toutes les étapes d’assemblage. On conçoit le modèle de manière à ce qu’il soit simple à assembler parce que je m’adresse avant tout à des débutantes.

Et les prototypes ?

Je fais les protos, je tiens à faire moi-même toutes les étapes d’assemblage. C’est super important parce que c’est moi qui rédige le tuto qui accompagne le patron.

J’imagine qu’il y a ensuite une phase de test ou de validation de tes patrons. A cette étape, tu travailles avec des blogueuses couture ?

Lorsque j’envoie mes patrons à des blogueuses, c’est plutôt pour me faire connaître. Avant ça, je les fais tester à des amies ou des filles qui sont en cours de couture. Parce que je veux être sûre qu’une débutante puisse les réaliser sans problème.

Cette phase de test m’a permis avant tout d’ajuster les tutos. Au début, je pensais mettre uniquement des dessins, mais je me suis rendue compte que même si les filles comprenaient les dessins, elles avaient besoin d’une confirmation. Donc j’ai rajouté les textes. Il y a des couleurs, chaque étape est dessinée, il y a des motifs différents pour l’endroit et l’envers…

Tu travailles chez toi ?

Non, pour moi c’est une solution temporaire. Travailler à la maison, c’est dur pour toi et c’est dur pour ton entourage parce qu’à partir du moment où tu travailles chez toi, on considère que tu es disponible.

J’étais à l’incubateur jusqu’à fin juin. J’ai fait du coworking jusqu’au mois d’octobre et début décembre j’ai rejoint une pépinière près de chez moi.

Tu proposes depuis peu tes patrons seuls, en format pochette et en PDF alors que ce n’était pas ton idée au départ. Qu’est-ce qui t’a fait changé d’avis ?

Je l’ai fait parce qu’on me l’a demandé ! Des personnes qui n’étaient pas dans ma cible première (débutante ou pressée) avaient envie de coudre mes modèles. Donc je me suis dit que c’était bête de ne pas le faire.

Quand Juliette (la créatrice de Blanche Blanche) m’a contactée au mois de juillet en me proposant de commercialiser mes patrons sous format PDF, je n’étais absolument pas prête ! Mon modélisme est conçu sur une largeur de feuille correspondant à la laize d’un tissu (140 cm). Ce qui ne correspond pas au format A0. Donc il fallait réagencer toutes les pièces de patrons. Il a aussi fallu couper en deux les pièces qui allaient être au pli. Bref, tout était à refaire !

Heureusement, Juliette m’a mise en relation avec Chloé de Kit by Klo. C’est elle qui a refait entièrement mes patrons en format A0 et PDF.

Dans une interview que tu as donnée au début de l’aventure Ma Petite Garde-Robe, tu as évoqué l’idée de faire des patrons pour les 8-14 ans. Ça fait toujours partie de tes projets ?

Effectivement, il y a une cible qui n’est pas couverte : ce sont les jeunes adolescentes. Avec Instagram, de plus en plus d’ados rêvent de jouer les stylistes et se font offrir une machine à coudre pour réaliser leurs propres vêtements. Il existe de jolis patrons pour enfants, mais pas pour la teenager qui veut se mettre à la couture et qui veut se faire ses fringues ! Je crois qu’il y a un espace à occuper sur ce terrain-là.

Le problème, c’est que c’est une génération qui porte beaucoup de maille. Or la maille se coud plutôt à la surjeteuse, donc c’est compliqué… Mais j’aimerais beaucoup développer cette gamme, d’autant plus que le concept de ma petite garde-robe s’adresse aux débutantes.

Et sinon, quels sont tes objectifs ou projets pour 2019 ?

Il y a une vraie attente sur les grandes tailles. J’ai discuté avec des femmes qui m’ont dit « C’est super votre concept mais vous êtes en train de générer chez nous la même frustration que les marques de prêt-à-porter, alors qu’on s’est lancé dans la couture justement à cause du manque d’offre dans le prêt à porter. »

En fait, j’avais un a-priori qui était qu’au-delà d’une certaine taille, il fallait forcément développer des modèles spécifiques aux grandes tailles. Mais ce n’est pas l’avis des femmes avec qui j’ai discuté. Elles ont envie d’avoir le choix et de porter ce qu’elles veulent, et non pas que l’on choisisse à leur place ce qui leur irait ou pas… Je vais donc m’y atteler dans les mois qui viennent !

Et sinon, les box c’est un gros investissement. Il faut du volume pour être rentable donc je dois me faire connaître. Il reste aussi beaucoup de travail sur le site. Je ne pourrai pas continuer seule. Très vite, je vais avoir besoin de quelqu’un qui s’occupe de la communication digitale. Bref, ce n’est pas encore gagné !

// Pour en savoir plus sur Ma Petite Garde Robe :
E-shop : https://mapetitegarderobe.fr
Page facebook : @mapetitegraderobe.fr
Compte Instagram : @mapetitegarderobe.fr

Un grand merci à Angélique pour cet excellent moment passé ensemble et d’avoir accepté de partager son expérience passionnante. J’espère que ça vous a plu, et je vous retrouve très vite !

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